samedi 24 mai 2014

Un petit détour par Calingasta

Avant de quitter Mendoza, je fais un dernier passage à l'Alliance française pour saluer Franck et le remercier de son accueil.


Je quitte la ville par l'avenue San Martin qui conduit tout droit à la route des thermes de Villavicencio. A peine 30 kilomètres et je m'arrête avant le début de la montée. Le pneu arrière manque d'air. Encore un ersatz (aujourd'hui une épine) de mon arrivée de nuit à Mendoza par la quatre voies qui a échappé à ma vigilance. Mes chambres à air sont à égalité : elles ont toutes au moins une rustine.

Je profite des coins pique-nique improvisée par les familles au bord de la route pour me choisir un endroit pour la nuit, et me lance le dimanche à l'assaut de la montagne.

La route devient ripio après l'hôtel des thermes et arpente les hauteurs en de nombreux lacets.











Des panneaux annoncent la présence du puma, du zorro et des guanacos.
C'est toujours un plaisir de retrouver ces derniers animaux au comportement grégaire dont le mâle dominant est chargé de la sécurité du troupeau.


Quand je bivouaque à quelques encablures du col, ce mâle restera longtemps à m'observer, avant de rejoindre sa horde de l'autre côté du mont.



Au lever du soleil la vallée est sous les nuages.



Je poursuis vers le col, où la grande croix blanche (« Cruz de Paramillo ») plantée par les jésuites au 17ème siècle est toujours debout. 

 
Je suis sur l'ancienne route coloniale datant du 16ème siècle qui permettait depuis Mendoza de rejoindre le Chili, et qu'utilisaient les troupes du général libérateur San Martin.
Elle permit également l'essor de l'activité minière au 18ème siècle, dont il reste quelques vestiges.



La descente jusqu'à Uspallata se fait par une route à moitié bitumée. Je quitte cette petite ville de montagne déjà visitée il y a une semaine par le nord par un bel itinéraire en faux-plats qui glisse en douceur sur un étroit plateau coincé entre deux sierras de la Cordillère andine.





 Asphalte qui là aussi devient piste. Un renard dort, allongé au milieu du chemin ; « il a deux trous rouges au côté droit ». Même sur ces espaces quasi déserts les automobiles sont des tueuses implacables pour la faune imprudente.

L'arrivée à Barreal annonce un changement dans le paysage ; je longe le rio Calingasta jusqu'à son entrée dans la ville éponyme.
Arbres, champs labourés et vignes apparaissent comme par enchantement là où il n'y avait hier que des cailloux … 






Le temps est au soleil malgré les nuits un peu fraîches. Je quitte donc Calingasta sans me soucier de la météo. Les quelques maisons en adobe du bord de route se confondent avec les collines arides.



À Villa Nueva je bivouaque à l'abri du vent au milieu de petits arbustes épineux. Le vent tombe à la nuit, et est remplacé au matin … par une pluie verglacée.
Je plie la tente après la première averse et repars vers le nord. Au programme, un chemin de terre de 90 kilomètres aux indications à priori imprécises. Mais je n'irai pas loin : à la sortie du village un panneau sans doute planté du matin annonce la fermeture du camino.



Finalement, après renseignement pris à la gendarmerie, la route est fermée depuis longtemps à cause de travaux
  • Et vous ne pouviez pas l'indiquer à Calingasta ?
  • Oh mais malgré l'interdiction les gens passent quand même
  • (…) ?!

De toute façon je ne me sens pas aventureux pour cette piste : indications aléatoires + travaux + météo exécrable = de grandes chances d'y laisser des plumes.

Je refais à l'envers les 40 kilomètres vers Calingasta et je ne le regrette pas : pluie, froid, et finalement neige me font opter dès mon arrivée dans la ville pour le camping municipal.
Le gardien qui me voit arriver a dû prendre pitié de moi, car il me laisse camper gratuitement ; j'ai les pieds tellement gelés que l'eau chaude de la douche m'occasionne de belles douleurs aux orteils avant qu'ils ne s'habituent à nouveau à une température normale.

C'est finalement l'occasion d'en apprendre un peu plus sur ce village de montagne aux richesses insoupçonnées : mines d'or, de magnésium et de sulfate d'aluminium (utilisé pour le traitement de l'eau). Y ajouter un carnaval d'une semaine et des concerts chaque week-end de l'été, des rivières poissonneuses, de nombreuses cultures maraîchères …
On y fabrique même du cidre voué à l'exportation vers l'Europe, avec la marque notamment « la Capilla » : la petite crêperie de Mendoza qui ne propose pas de bolée sur sa carte ne devrait pas avoir d'excuses !

Je file dès le lendemain vers la vallée sous le soleil.
Belle descente d'abord de 45 kilomètres en rive droite du rio San Juan






Puis en passant le pont, une bonne montée de 25 kilomètres permet de franchir la sierra del Tigre ; pas d'indication d'altitude au col (sans doute au delà des 2000 mètres), mais juste la distance qu'il me reste à parcourir pour San Juan.



Tout schuss donc en cette fin d'après-midi pendant 50 kilomètres avec de jolies couleurs quand le soleil décline.



Doigts gelés cette fois-ci, alors le feu est de rigueur pour installer le campement avec des mains réchauffées.


Dernière étape ce samedi matin, en rejoignant la route 40, où je retrouve le surnom dont on m'affuble souvent quand on me croise chargé comme une mule, sans que cela ne soit forcément péjoratif.

  • Ola, de donde vienes, loco ?
  • Toi-même !


Quitte à revenir en arrière, autant le faire franchement ; plus de 60 kilomètres vers le sud pour arriver à San Juan.
Il y avait 160 kilomètres entre Mendoza et San Juan par la route 40. J'en ai fait quasiment 400 de plus.
Mais manquer le petit détour par Calingasta aurait été dommage. Loin du cliché du montagnard bourru, les gens s'y sont montrés en plus très accueillants.













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