jeudi 2 janvier 2014

Ushuaïa

A Rio Gallegos les vents à 100 km/h sont monnaie courante. Pas étonnant que la tente mal arrimée sur un sol dur ait eu du mal à tenir le choc. Les dégâts après remontage le lendemain ont été plus importants que prévus.


Je quitte Rio Gallegos plus tôt que prévu. Le temps est au vélo, à savoir que je peux enfourcher Paulo sans que le vent ne me mette à terre.
Je crèche donc seul dans le désert patagon le soir du 24 avec pour remplacer le bœuf et l'âne, le guanaco et le mouton. Un Noël très originel.
Pas de repas de luxe non plus. C'est qu'entre Rio Gallegos et Rio Grande, je ne compte pas sur du ravitaillement (à part de l'eau), car je n'ai pas obtenu encore d'argent chilien. Rationnement donc pendant 380 kilomètres.

A la frontière les Chiliens font signer un formulaire qui stipule entre autre que l'on ne transporte pas de nourriture d'origine animale ou végétale. Je le signe sans rien déclarer malgré mon saucisson, mon fromage et mes fruits multiples, m'exposant ainsi à une amende.
A la détection des bagages la fonctionnaire choisit les deux sacoches avant (où j'ai toutes mes victuailles) et les passe dans le tapis roulant. Elle a sans doute vu la marchandise prohibée mais me rend les sacoches sans rien me dire. Cadeau de Noël du 25 décembre peut-être ? De toute façon je n'ai pas d'argent pour payer l'amende !


La route 3 argentine s'arrête momentanément et est remplacée par la 255 chilienne qui plonge vers le détroit de Magellan. Mais le passage du ferry se fait 30 kilomètres plus bas au sud-ouest où le détroit devient un goulet.
C'est donc parti pour 30 kilomètres de vent de face ou de côté d'une violence parfois telle que je ne peux que zigzaguer sur toute la largeur de la chaussée. C'est le 25 décembre heureusement et le trafic est quasi nul. Le vent patagon me jette avec hargne ses derniers maléfices avant de me livrer sain et sauf à la Terre de Feu.


La traversée du détroit dure vingt minutes avec un tangage assez prononcé ; une voiture et un vélo dans ce sens seulement. 


 Mais camions et voitures sont plus nombreux à attendre à Bahia Azul pour gagner le continent après un Noël passé en Terre de feu.




Le nord de l'île est un désert humide inscrit à la liste mondiale des sites Ramsar. 



La piste qui le traverse ne sera bientôt plus qu'un mauvais souvenir, au grand dam du cyclo-voyageur en quête d'exotisme. Pelleteuses et dameuse sont à l’œuvre pour préparer le passage au bitume d'ici à quelques années.


Nouveau passage de frontière à l'estancia de San Sebastian où je récupère la route 3.

Rio Grande, bien qu'agréable, ne vaut que par ses nombreux rios et lacs alentours où l'on pratique la pêche à la truite.
On y trouve aussi le complexe de la mission salésienne de 1893 dont le but était d'évangéliser les Indiens Omas.


 
J'y croise Josh, mon premier cyclotouriste depuis l'inconnu de Puerto Madryn, qui part vers l'Alaska avec sa guitare sur le porte-bagage, ainsi qu'un couple de jeunes Argentins quelques kilomètres plus loin.
Durant ces trois mois d'été austral je risque d'en rencontrer ainsi plusieurs par jour.



La station YPF est en Argentine une institution du bord de route. Il y a souvent une longue file d'attente pour y faire le plein d'essence.
J'y remplis quant à moi mes bidons d'eau depuis que je traverse la steppe ; j' y trouve souvent un point internet, et m'y réchauffe aujourd'hui à Tolhuin d'un café en y faisant la rencontre de ce motard hollandais qui semble bien plus souffrir du froid sur sa bécane que moi sur mon vélo.


Mais Tolhuin est l'occasion de passer la nuit dans une autre véritable institution, la Panaderia la Union. Emilio y accueille les cyclistes de passage pour rien. Je m'y réfugie donc en fin d'après-midi avec deux Américaines et un japonais qui en terminent demain avec leur voyage.
La Panaderia est fréquentée par tous les habitants de la ville en ce dimanche, et pas seulement parce qu'il pleut dehors : les viennoiseries et empanadas y sont succulentes et la boulangerie ne désemplit pas jusqu'au soir … un business qui tourne.




La dernière étape avant Ushuaïa se savoure comme il se doit. La route 3 passe le paso Garibaldi avec un superbe point de vue sur le lac Escondido.



Ushuaïa. Rendez-vous de tous les voyageurs. Mes deux américaines y terminent leur périple. 



 
La ville est coincée entre le canal de Beagle et les montagnes andines. Même si elle n'a pas le charme des bourgades scandinaves, elle mérite selon moi son titre de ville de bout du monde, d'autant plus que j'y arrive après un long périple sur la route 3 parfois bien monotone.
Là où le Français dira volontiers, « ouais, c'est pas mal », l'Argentin dira plus expressément que c'est super. Alors comme un Argentin, je dirai Ushuaïa, c'est "lindo".



J'y passe le réveillon au camping Andino. Des voyageurs de tous horizons y partagent le vin chaud à partir de 23h30, et alors que la nuit est à peine tombée, les coupes de champagne sortent de dessous le manteau pour célébrer le passage à la nouvelle année.

Le lendemain après-midi, la randonnée au sommet du glacier Martial, à 825m au dessus du niveau de la mer, permet de garder la tête froide. La vue sur le canal de Beagle et Ushuaïa y est imprenable.





Ushuaïa est une impasse. Pour quitter la Terre de Feu, deux solutions se présentent : par la route (et donc refaire le même itinéraire sur plus de 300 km) ou par la mer.
La deuxième option me plaît davantage, mais est plus compliquée. Elle se fait en deux temps, passage de frontière oblige. D'abord la traversée du canal de Beagle jusqu'à l'île chilienne de Navarino ; puis remontée vers le détroit de Magellan pour gagner Punta Arenas.

De Puerto Williams, sur l'île Navarino, un seul départ par semaine est prévu. Mais le ferry du 4 janvier est complet. Je réserve donc pour le 11. Une semaine à patienter avant de reprendre le périple à vélo.
Les alentours d'Ushuaïa devraient m'occuper sans problème, à l'image de ce renard qui est venu me dire bonjour alors que je bivouaquais à quelques kilomètres seulement de la ville.





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