samedi 1 février 2014

la montagne qui fume

En arrivant à El Calafate, je décide de poser le vélo le long d'un muret en retrait de la route. Mais l'accès se fait sur un gravier épais sur lequel Paulo se vautre lamentablement, faisant se détacher les sacoches arrière.
Je ramasse le pneu de rechange et le jette vers le muret, énervé par cette chute incontrôlée. C'est à ce moment qu'arrive à ma hauteur à petite vitesse un vieux combi anglais que je connais bien. C'est celui de l'Australien Tony et de son épouse. C'est la troisième fois que je croise leur route, et à chaque fois dans des conditions difficiles.
A la sortie de Punta Arenas d'abord, alors que le vent me faisait avancer en crabe sur une ligne droite. Puis il y a deux jours, sur le ripio venteux et en côte menant au lago Roca. La première fois, Tony me propose de mettre le vélo dans le combi pour me sortir de cette partie difficile, ce que je refuse, n'utilisant comme moyen motorisé que le bateau quand la route se dérobe. Il me qualifie gentiment de « loco » (fou), tout en comprenant malgré tout ma décision. La deuxième fois je leur dis qu'ils sont mes « dark angels », car ils arrivent toujours aux pires moments de mon étape.
Et aujourd'hui, pour conjurer le sort, ils m'offrent le café.


Après la mise à jour du site dans une station service, où je rencontre la famille des 5 qui revient du glacier, je prends la route d'El Chaltén, qui contourne les lacs Argentino et Viedma.
Je franchis le fleuve Santa Cruz, et plus loin je remonte le cours de la Leona qui relie les deux lacs ; leurs eaux d'origine glaciaire d'un bleu azur se confondent presque avec le ciel.



Un endroit abrité pour passer la nuit pendant l'été : les « puesto fijo » (poste de cantonniers) qu'on trouve à intervalles réguliers et dont les mobile-home qui abritent d'habitude les travailleurs se trouvent sans occupant pendant les vacances. Il suffit juste de demander l'autorisation aux quelques personnes qui en assurent la garde.


Sinon le bivouac à l'abri des ponts reste une valeur sûre.



Ou même face à la meseta del viento (ça ne s'invente pas) prise dans les nuages après une nuit pluvieuse.


A l'extrémité du lac de Viedma je quitte la route 40 pour la route 23 avec en ligne de mire la silhouette imposante du Mont Fitz Roy.



Je croise ce couple équatorien de cyclistes : échanges habituel de bons tuyaux, avec les bons plans pour dormir à pas trop cher, voir même pour rien du tout.
Ils vont vers le sud, et sont partis d'Equateur il y a … trois ans et demi ! Je pense que je mettrai un peu moins de temps qu'eux, qui ont la chance de vivre et de profiter de leur voyage.


Plus loin, je croise pour la troisième fois la famille des 5. Cette fois-ci je les mets dans la boîte, avec le Fitz Roy comme arrière-plan. Ils repartent vers le nord, avec l'objectif de vendre leur camping-car en Amérique, avant d'en racheter un autre en France et de poursuivre leur route vers l'Asie. On the road toujours … et que vive le voyage sous toutes ses formes.



El Chaltén est une petite ville touristique fondée en 1985 seulement, et qui profite de sa position au pied du Parc national de los Glaciares pour s'autoproclamer capitale du trekking.
Le bourg, qui peut faire penser à une petite station alpine, est plutôt agréable, avec le soir la vue du mont Fitz Roy qui se découpe dans le ciel crépusculaire.





La marche y est possible sous toutes ses formes, avec sentiers de randonnée facile ou treks plus exigeants avec franchissement de glaciers, ainsi que l'escalade.

Je pars quant à moi à l'assaut de la Laguna de los Tres. Le sentier se fraie un passage au milieu des forêts de ñires, hêtres endémiques de taille moyenne, capables de résister à des conditions extrêmes, et que l'on trouve jusqu'en Terre de Feu.


L'intérieur des troncs est souvent parasité par une larve d'insecte. Qu'à cela ne tienne, ça fait le bonheur du carpintero de Patagonie, sorte de pivert huppé à la tête rouge qui vole d'arbre en arbre en frappant de son bec l'écorce des ñires : on l'entend d'abord avant de le voir.



 La dernière rampe pour atteindre le lac nécessite une heure de crapahute, mais la vue du massif au pied du lac à l'abri du vent vaut le déplacement.



Le mont Fitz Roy est là, juste en face, mais l'ascension est réservée aux alpinistes chevronnés. La première cordée victorieuse fut réalisée par un groupe de quatre Italiens par la voie Ouest.
Le sommet est souvent coiffé d'un nuage (d'où son nom donné par les Aonikenk, « el chaltén ») et on a longtemps pensé qu'il s'agissait de la fumée d'un volcan.

Il ne me reste plus qu'à redescendre, en passant au retour au pied du Cerro Negro.




Entre rando et repos, El Chaltén constitue une pause appréciable avant de reprendre le voyage à vélo par la carretera australe.
Je me suis parfois demandé à quoi servait ces longues étapes sans relief le long de la route 3 atlantique. C'est sans doute pour apprécier mieux encore les paysages somptueux que je découvre depuis ma remonté par les Andes.
Paulo commence à ne plus trop savoir où donner du guidon.




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