jeudi 5 décembre 2013

sur mon 31

La nuit fut orageuse, et une petite pluie m'accompagne pour quitter les rues de Bahia Blanca.
Je m'arrête chez Joel avant de quitter la ville pour acheter un morceau de salami ; je repartirai en plus avec offerts un pain entier et des biscuits, ainsi que de nombreux conseils sur ce qu'il faut que je vois absolument en Argentine. Joel tient encore sa boutique à 80 ans et est toujours plein d'enthousiasme.


Je retrouve la route 3 vers le sud et son lot de camions.


Avant d'entrer en Patagonie je dois subir un contrôle phytosanitaire. Je m'y attendais pour l'entrée au Chili mais pas en Argentine. La région est reconnue internationalement pour son absence de fièvre aphteuse ; l'Etat y interdit donc les produits susceptibles d'être porteur du virus.


C'est Rocky qui se charge de détecter la sacoche porteuse des fruits délictueux. Les tomates passeront en Patagonie, mais je dois m'avaler trois pommes et deux pomelos avant de poursuivre ma route. Tant pis, j'anticipe mon repas de midi.


Sur le bord de la route de minuscules grenouilles essaient de traverser en sautant entre les roues tueuses ; peu en réchappent.


A midi, c'est un gros chat sauvage que j'observerai de loin en train chasser les oiseaux.


Je rencontre aussi mon premier camping-car. Christa et Volker sont allemands. Quand ils m'ont dépassé Christa était persuadée que j'étais suisse ou allemand, en pensant que seuls ces deux pays pouvaient contenir des gens assez fous pour faire du vélo dans de tels endroits.
Je lui confirme que les Français ne sont pas loin du podium !



Le camping-car est venu en cargo depuis Hambourg, mais eux ont fait la traversée de l'Atlantique en avion.
Ils ont été bien contents de retrouver leur véhicule intact, et se lancent dans une aventure de plus de 8 mois sur tout le continent américain, d'Ushuaïa à Los Angeles.
Peu de chance que je les rattrape.

Un panneau indique une descente dangereuse. A peine 3 % : de qui se moque-t-on ? Mais il est vrai que sur des routes totalement plates la moindre pente peut surprendre.


La remontée est aussi signalée. Paulo hésite, puis finalement se lance.


Je subis un nouveau contrôle à Pedro Luro, ville centenaire fondée par des immigrants hongrois, espagnols, allemands et français ; mais cette fois-ci les fruits achetés le jour même auront le droit de passage. Je doute un peu de l'efficacité de ces contrôles.

En franchissant le rio Colorado, j'entre officiellement en Patagonie.


Les moutons sont déjà là



ainsi que le vent, mais qui est pour l'instant d'une force raisonnable

De nombreux petits ex-voto jalonnent le bord de la route ; ils prennent parfois des dimensions plus importantes, comme c'est hommage rendu au Gaucho Gil, avec des offrandes parfois étonnantes, comme des phares ou des pneus de bagnole. 
 


Carmen de Patagones est la dernière ville de la province de Buenos Aires, et est séparée de sa voisine Viedma par le Rio Negro.


Elle fut fondée en 1779. Ses petites rues du centre ne manquent pas de charme : parfois très pentues, elles mènent à la place de la cathédrale où se tient une petite commémoration.




De l'autre côté du fleuve, Viedma, la ville basse, a perdu nombre de ses monuments historiques depuis la grande inondation de 1899.
L'animation se trouve autour des plazzas San Martin, avec la Casa de Gobierno, et Aslina, avec l'imposante cathédrale de 1912.




La statue du fondateur (Francisco de Viedma y Narvaez) de la forteresse de 1779 domine le rio Negro.


Dans quinze jours les premiers vacanciers vont arriver et les activités nautiques et balnéaires vont pouvoir démarrer autour de la rive droite du fleuve complètement aménagée, avec pelouses et voies pédestres.

Je file quant à moi à El Condor, petit village balnéaire situé à 30 kilomètres. 




 Faro de la Barra del Rio Negro (1887)

Un panneau touristique annonce la présence de la plus grande colonie de perroquets au monde.


J'arrive à la période de l'éclosion des œufs. L'agitation bat son comble sur la falaise où les parents assurent la sécurité des œufs cachés dans des niches naturelles.
Que des prédateurs planent au dessus de la falaise et c'est toute la colonie qui se met en ordre de vol pour protéger les couvées.






La route 3 est suffisamment monotone pour que je profite du spectacle pendant une journée entière. Ça me permet de récupérer en prime d'un mauvais rhume contracté depuis mon entrée en Patagonie suite à une chute brutale d'au moins 20° des températures.

Au petit camping qui fait face à la mer je rencontre une famille de Montélimar partie pour un voyage de 10 mois autour du monde. Après l'Australie et l'Asie, l'Amérique du sud et au programme, puis l'Afrique si tout va bien.


Je ne me suis pas levé assez tôt le jour de leur départ pour prendre la photo de leur Toyota 4/4 équipé d'une galerie sur laquelle se déplient les deux tentes dans lesquelles ils passent leurs nuits.
Mais on peut en voir plus sur leur site : chacunsoncontinent.wordpress.com

Ce matin les sacoches sont chargées à bloc : 11 litres d'eau et de quoi manger pour trois jours. C'est que la route 1 qui longe la côte et que je compte emprunter est sans ravitaillement pendant 180 kilomètres, m'a t-on dit à l'office de tourisme de Viedma. Je n'avais pas prévu cet itinéraire à la base, mais la route 3 ne m'emballe vraiment pas.

Les trente premiers kilomètres sont bitumés jusqu'à la réserve des lions de mer de Punta Bermeja.

 les perroquets se réchauffent ce matin


Le belvédère est en restauration mais les deux barrières ne sont pas très dissuasives.
Les site est désert. Je profite donc seul de la vue imprenable sur cette colonie de lions de mer composée de 6000 individus en été.
C'est amusant de les voir se déplacer de façon pataude sur le sable. Ils sembleraient presque vulnérables, mais les mâles longs de 2m60 pèsent jusqu'à 350 kg.




La route devient piste, et malgré des passages très ensablés où je dois pousser Paulo elle s'avère moins difficile que ce que j'avais imaginé. Le vent d'est me pousse. Je profite donc tranquillement de cette itinéraire quasiment sans voitures. Même si la mer se dérobe souvent à ma vue, je ne suis pas en reste avec la faune terrestre : cailles, nandous, lièvres et renards me coupent parfois la route. Tiens, il faudra que je pense à planquer mes chaussures cette nuit.

 Bahia Rosas

 Golfo San Matias


Bahia Creek, à mi-parcours, s'avère être un vrai petit village. Les moulins à vent puisent l'eau des nappes phréatiques ; finalement il y avait de quoi se ravitailler. Au moins en eau.


La deuxième étape démarre plutôt mal. A peine sorti du village et le pneu arrière se dégonfle. Obligé de défaire toute la bagagerie que je viens juste d'installer. Rageant. Et tout ça pour une minuscule épine.


La suite n'est guère plus enthousiaste. La piste de gravier qui longe la plage de Bahia Creek s'avère très sableuse, et se poursuit dans les dunes de la même façon pendant plusieurs kilomètres.

 Bahia Creek

 les dunes, donnant un air de désert...
...avec les dromadaires locaux

Pas le choix, je suis obligé de dégonfler les pneumatiques si je ne veux pas passer la journée à pousser Paulo.

J'avance lentement, un peu en zigzag, mais j'avance.

L'après-midi la piste prend du relief et le revêtement s'améliore. La journée se finit mieux qu'elle n'a commencée, avec un superbe bivouac dominant la mer et le Golfe de San Matias. Le tout un 30 novembre ; que demander de mieux ? 







La dernière étape se déroule en deux temps. D'abord sur la piste qui finit par plonger vers la mer.



Puis je contourne la baie de San Antonio jusqu'à la charmante petite station balnéaire de Las Grutas.
Les plages sont déjà bondées ce week-end même si la saison ne commence que dans 15 jours.
Des airs de vacances pour terminer cet épisode côtier avant de reprendre à contre cœur demain la route 3 : exceptionnellement le mois de novembre 2013 se prolongera pour moi jusqu'au 31.


Au camping de Grutas un camion vient s'installer à côté de mon emplacement. Plaque française. Département 56.
Rachel et Patrice ont fait aménager leur cabine sur le châssis du véhicule. C'est leur nouvelle maison.
28 jours de traversée en cargo et un départ depuis Montevideo, avec un grand tour de l'Amérique du sud au programme sans durée de fixée. Un autre grand voyage se profile à l'horizon.
(www.sansdestinationfixe.blogspot.com)

Les cyclistes s'avèrent être rares sur ce côté de l'Amérique. On me demande souvent si je suis celui qui est passé à la télévision. Je sais qu'il y a au moins un autre que moi à descendre vers le sud ; mais les chances de le croiser risquent d'être assez faibles.

Je quitte Las Grutas à 13h. Rachel et Patrice sont partis depuis déjà 1 heure. Après 10 km j'oblique vers le sud par la route 3. Le vent aussi vient du sud et j'en prends plein le vélo.
Un camion me dépasse soudain à petite vitesse, puis s'arrête sur le bas -côté. Surprise. Ce sont mes Bretons, qui ont pris le temps de visiter Las Grutas avant de reprendre la route. Ils devaient rejoindre ce soir la péninsule de Valdès, mais les circonstances ont changé, et ils s'arrêteront plus tôt ce soir.
Belle philosophie du voyage dont m'a parlé Patrice hier, où rien n'est jamais défini à l'avance, et où l'itinéraire se reconstruit jour après jour.

Dernier au revoir, mais qui sait, peut-être nos routes vont-elles se croiser à nouveau ?


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