vendredi 13 décembre 2013

pistes atlantiques

Le retour sur la route 3 n'est pas une sinécure. Le vent de face ou de côté me fait avancer comme une tortue à 6 ou 7 km/h au minimum.

bivouac au bord de la route 3

route 3 : Sierra Grande
 
Le passage par la Sierra Grande n'arrange rien à l'affaire. Les faux-plats montants semblent interminables avec le vent contraire.
Je passe une nuit dans la sierra au milieu d'un ancien complexe touristique à l'abandon à l'abri d'un bosquet. Je comptais repartir à la nuit espérant une accalmie. Mais à 3h du matin les feuilles des arbres sont plus que jamais ballottées par les éléments. Inutile de reprendre la route aussi tôt.

Le matin, à mon grand regret, le vent n'a pas tourné. La journée s'annonce difficile. Les camions qui me croisent sans ralentir me faisant tanguer sur le bord de la route comme un grain de sable dans une tempête de désert se voient systématiquement attribués d'un épithète fleuri. Ça soulage.
A 15h je n'ai fait que 60 km et je suis rincé. Je m'arrête sur le bord de la route à peine dissimulé des voitures. Je dors le reste de l'après-midi, me lève pour manger, puis retourne me reposer jusqu'à 3h du matin.
Cette fois-ci le vent est tombé. A 4h je suis donc sur la route et profite du calme de la nuit pour enfin avancer tranquillement.
J'assiste au lever de soleil patagon sur le vélo.


Peu avant d'arriver à Puerto Madryn j'oblique à gauche vers la péninsule de Valdès. L'entrée est payante et le péage s'annonce après 25 km.
Après discussion avec un garde je décide de rebrousser chemin. Le bivouac y est interdit sur l'ensemble de la péninsule. On ne peut dormir qu'au village de Puerto Piramides. Les distances étant longues sur les pistes de gravier il me sera donc impossible de visiter l'ensemble à vélo.
Tant pis. J'irai observer des animaux marins ailleurs.

Je laisse cette énorme mygale traverser la route à ses risques et périls


et prend la piste côtière avec de superbes vues sur la mer. Les plages désertes se succèdent et je profite de l'une d'elles pour manger et me reposer de mon départ nocturne.


Puerto Madryn présente un visage industriel, avec cette immense usine d'aluminium qui fait face au port des containers. C'est aussi un important port de pêche.


Le front de mer se fait plus touristique avec ses plages qui ferment l'anse au sud de la ville.

De retour sur la route 3 je croise mon premier cyclotouriste depuis l'Uruguay. La route est devenue autoroute et un terre-plein central sableux me sépare de mon alter ego.
Je lui fait signe mais il semble ne pas me voir, absorbé par l'obstacle d'un long faux-plat montant.
Seule la photo me laissera une trace de ce cycliste dont je ne saurai rien de l'aventure.

Bientôt la descente s'amorce sur la vallée du Chubut.

 
Trelew est posée au nord du fleuve. Cette ville de plus de 100 000 âmes n'offre rien de particulier à voir. C'est une cité très argentine articulée en damier autour de sa place de l'Indépendance aménagée autour du kiosque du centenaire. Mais l'animation autour de ses rues commerçantes en fait toujours une distraction que j'apprécie après des kilomètres de lignes droites.

 Trelew : kiosque du centenaire

En suivant le fleuve j'arrive bientôt à la mer. Je plante la tente au bord de l'eau avec vue sur les éoliennes de Rawson.



Le petit port de pêche de Playa Union est animé ce matin avec le départ des chalutiers devant les yeux des surfers.





Je retourne sur mes pas pour récupérer à Rawson le départ de la route 1.



Là encore c'est une piste sans ravitaillement sur plus de 250 kilomètres. Paulo est à nouveau chargé d'eau et de victuailles.
J'enlève un peu d'air aux pneumatiques et pars en direction de Punta Tombo que j'atteins en soirée. J'installe le bivouac à 8km du site des manchots.
La nuit est tombée et quelques guanacos viennent faire les curieux. Je ne les vois pas mais entends leur sorte de ricanement caractéristique.

Tôt le lendemain je descends jusqu'à la mer avec le seul vélo en laissant le campement sous la surveillance des camélidés que je croise en nombre sur le bord de la piste.


Les Rangers dorment encore. Je profite donc seul du spectacle de cette immense colonie de manchots de Magellan dans leur habitat naturel.
Ils font un va-et-vient continuel entre l'océan et leurs nids qu'ils ont creusés dans cette sorte de lande pentue.
Les petits sont nés en novembre mais n'ont pas encore quitté leur nid.
La démarche et les mimiques de ces animaux de toute petite taille est un régal à observer.








Je remonte au campement avant l'arrivée des premiers visiteurs. Avant de refaire à l'envers les 15 kilomètres de piste, je change la chaîne qui a déjà cumulé 2000 km depuis Buenos Aires. Je vais essayer cette méthode vue sur les forums, avec deux chaînes que je change tous les 2000 km jusqu'à épuisement de la transmission.

Au croisement de la route 1 je tourne à gauche plein sud. La piste un peu venteuse qui serpente sur le plateau amorce bientôt la descente vers la mer.
J'évolue dans les paysages somptueux du Cabo Raso, avec ce décor très hollywoodien où je ne serais pas surpris de voir surgir au détour d'une colline un campement de Navajos.


A part quelques pick-up je suis seul sur la route. Les poteaux électriques ont disparu et les seuls signes de la présence humaine sont les clôtures, la piste et ses panneaux de signalisation.
Les pauses permettent de contempler le silence de cette immensité désertique en appréciant intérieurement la chance de pouvoir y vivre pendant quelques heures.

Le bivouac le soir au bord de la Bahia Vera vient terminer cette belle journée.


Le troisième jour je continue sur cette piste où bien loin de la route 3 et son lot incessant de véhicules je ne croiserai qu'une seule voiture sur 90 kilomètres.

Camarones, abritée au fond de la baie éponyme, est ma ville étape, située à mi-distance de Rawson et Comodoro Rivadavia. 


 
C'est un village tranquille où je croise au petit camping Andrea. Elle fait partie d'un voyage organisé allemand de plus d'un mois entre Buenos Aires et Santiago du Chili, mais semble s'y ennuyer fermement.
Après seulement trois jours, elle regrette presque déjà le rythme effréné des déplacements où les temps de visite ou de détente se réduisent à peau de chagrin.
Je noierai donc avec elle sa détresse euphorique et sympathique en partageant un litre de bière argentine. Réconfort tout germanique.


Camarones, avec son petit port, est le débouché pour l'exportation de la laine produite par les quelques estancias éparpillées autour de la route 1 que j'emprunte.
On y trouve aussi deux Français qui y vivent à l'année des produits de la pêche où de l'exploitation de la fleur de sel que les Argentins dédaignent à travailler.

J'y entends parler aussi d'un autre Français plus médiatique. C'est en effet en face, à une quinzaine de kilomètres seulement, que Flornt Pagny y a acheté une maison.
Il posséderait d'ailleurs toute la péninsule qui débouche au Cabo Dos Bahias sur une autre colonie de manchots de Magellan. Moi qui plaisantait il y a deux jours avec un manchot de Punta Tombo sur la possible présence du célèbre chanteur, j'étais loin de me douter que je trouverais sa trace sur cette avancée de terre dans l'océan à plus de 250 kilomètres de la ville la plus proche !
Il n'y vivrait plus paraît-il que quelques heures … par an. En tout cas une chose est certaine : je ne l'ai pas croisé en tongs sur la plage de Camarones.

Le camping de Camarones est un vrai camping, sans mobile-home, avec des coins cuisine et des barbecues, le tout pour un prix modique. J'y fait donc halte pour une journée entière.

Je repars reposé à l'assaut de la piste avec toujours de belles échappées sur la grande bleue, accompagné des nandous et guanacos



et cette réserve d'oiseaux à Bahia Bustamante.


Après cette estancia la piste devient plus difficile. Je dois parfois pousser la machine sur des portions de sable très épuisantes.
Les paysages sont malgré tout toujours enchanteurs.




Une seule voiture aujourd'hui, celle du pompier Navarro, qui me donnera trois litres d'eau, bien appréciés sur ce mauvais ripio bien éprouvant.

La route finit par l'ascension de la Sierra Salamanca pour rejoindre le bitume. Je m'arrête au pied du petit col à l'abri du vent et finirai la montée demain à la fraîche.
Un troupeau de moutons guidés par trois gauchos est conduit un peu plus haut dans la montagne et passe juste devant mon bivouac.


 
Demain je rejoins Comodoro Rivadavia par la route 3. Pas le choix. Ainsi s'achève cet itinéraire le long de la route 1.
Malgré des distances très longues entre les différents points d'intérêt, cela reste sans aucun doute la plus belle séquence cyclote de cette côte atlantique depuis Buenos Aires.

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