jeudi 15 octobre 2020

nord-est en diagonale

 

Entre Haute-Saône, Haute-Marne et Vosges, je me fraie une sortie vers le nord du pays, dans un décor encore très boisé. Les biches détalent devant Paulo, alors que deux beaux sangliers en train de retourner le sous-bois me regardent passer sans broncher.

passage de la Saône à Scey

dernier village franc-comtois


A Grand, à l’ouest des Vosges, la présence d’un amphithéâtre romain, un des plus grands de l’Empire (17 000 places), intrigue. La petite cité, à l’écart de la grande voie romaine, était un sanctuaire dédié au dieu guérisseur gallo-romain Apollon-Grannus. On y venait de très loin pour espérer un miracle.

Des voies secondaires romaines ont été créées autour de cette Lourdes antique, et on peut encore suivre leur tracé en se promenant dans les forêts alentours.

Grand ; chapelle Saint-Libaire

amphithéâtre romain

voie romaine


En continuant le long de cette diagonale du nord-est, je longe la petite vallée très bucolique de la Saulx, avant de gagner le chef-lieu de la Meuse.

vallée de la Saulx...

lavoir d'Echenay


Montiers sur Saulx


Le château de Marbeaumont, au bord du canal de la Marne au Rhin, est une belle entrée en matière pour visiter Bar-le-Duc.

château de Marbeaumont

canal et église Notre-Dame


L’imposant bâtiment de la préfecture, dans la ville basse, est dominée par le quartier Renaissance de la ville haute, où les maisons 15ème siècle en enfilades sont remarquables. Le site du château des Ducs de Bar, entièrement démantelé par Louis XIV, est occupé par le musée barrois.

musée barrois

maisons Renaissance...



En me dirigeant vers Châlons, j’ai droit à cinquante kilomètres de pluie continue ; cette Champagne céréalière ponctuée par d’immenses silos me laisse un peu froid.



Heureusement, le soleil revient après un bivouac le long de la Marne. Les vignes de Bouzy, où l’on produit aussi bien du rouge que du blanc, sont séparées de Reims par une petite montagne boisée.

la Marne

vignes de Bouzy

montagne de Reims


Entre la basilique Saint-Rémi et la cathédrale, les rues piétonnes rémoises très fréquentées sont propices à la promenade.

basilique Saint-Rémi

cathédrale

en quittant Reims ; canal Marne-Aisne


Un nouveau canal, celui de la Marne à l’Aisne, me permet d’accéder au site du Chemin des Dames.

Ce plateau étriqué, coincé entre les vallées de l’Aisne et de l’Ailette, fut le théâtre de combats acharnés et meurtriers ; entre Napoléon et les Prussiens en 1814 dans un premier temps, puis lors de la Première Guerre mondiale un siècle plus tard. A la Caverne du Dragon, un musée commémore ces évènements tragiques.

chemin des Dames...



La voie verte de l’Ailette est un intermède de plat dans l’arrière-pays vallonné de Laon.

voie verte de l'Ailette

ancienne abbaye de Prémontré


Perchées au-dessus du canal de la Sambre à l’Oise, deux mouettes se gaussent de mon passage ; la mer n’est plus très loin.  Au village de Neuville-Saint-Amand, les maisons toutes de brique rouge annoncent déjà le nord.

Avant de basculer dans la descente vers Saint-Quentin, on voit de loin l’immense silhouette de la basilique qui domine la cité picarde.

L’hôtel de ville est un autre monument remarquable.

Saint-Quentin ; hôtel de ville


Mon entrée dans le Pas-de-Calais se fait dans un paysage de petites bosses où les champs s’étendent jusqu’aux portes d’Arras.

à quelques kilomètres d'Arras


La préfecture du Pas-de-Calais n’est pas la ville la plus peuplée du département, mais son histoire très riche en fait une étape incontournable. Je « profite » d’un jour de pluie pour la visiter.

Le centre s’articule autour de deux Places majestueuses.

Celle du Beffroi, en haut duquel trône la statue du Lion, symbole de la ville …




… puis la Grande Place bordée de maisons bourgeoises dont l’ensemble ne dépareillerait pas dans une ville flamande.



Grand'Place en 2020...

... et un jour de marché en 1878


Au sud-ouest, la Citadelle construite par Vauban faisait partie d’un système défensif plus étendu, destiné à conserver cet Artois récemment conquis dans le giron du Royaume de France. Le bois qui la prolonge est aujourd’hui une réserve pour la biosphère, de chauve-souris notamment, ou du très rare triton crêté.

Citadelle ; Mémorial des Fusillés



Le cimetière britannique témoigne de la violence des combats en 1917.



Arras fut détruite à 50%, et les bâtiments emblématiques reconstruits à l’identique sous la direction de Pierre Paquet.

Je clos la visite par l’abbaye Saint-Vaast reconverti en un pôle culturel (musée – médiathèque).


La dernière étape me conduit après 120 kilomètres à l’autre bout du Pas-de-Calais, dans un décor exclusivement campagnard qui contraste avec le département du Nord très urbanisé.

Artois

Boulonnais


La silhouette de la cathédrale Notre-Dame se découpe sur la mer.



Boulogne domine la Manche du haut de ses petites collines. La ville haute s’articule autour du musée-château.



La ville basse annonce la zone portuaire. Les quais d’où partent les bateaux de pêche sentent le voyage à plein nez. Les mouettes, elles, s’agglutinent autour des conserveries de poissons, s’aimantent sur les ferrailles des toits des usines dans l’attente d’une pitance gratuite.



En tournant le regard vers le large, les plages propices à la rêverie marquent la fin de cette diagonale.





Je retrouve Juliette en fin d’après-midi pour une autre visite de la ville. On passe devant la maison où le général San Martin finit ses jours. C’est amusant de trouver un petit territoire argentin en plein nord de la France, alors que j’avais trouvé à Pilguë un petit bout de France en plein nord de l’Argentine.

La balade continue par le chaud quartier du chemin vert avec vue sur l’aquarium de Nausicaa, puis un retour dans le centre pour une dégustation d’une spécialité locale, le welsh, fait à base, entre autre, de cheddar et de bière.

C’est un plaisir de finir cette journée en si bonne compagnie.



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

lundi 5 octobre 2020

des charolaises aux montbéliardes

 

Je quitte le Puy de Dôme en suivant les gorges de la Sioule à partir de Châteauneuf-les-Bains, et suis le cours de la rivière très prisée par les pêcheurs jusqu’à Saint-Pourçain. Le beffroi juxtaposé au clocher de l’église est la carte postale de la ville.

bivouac au bord de la Sioule

village pittoresque de Charroux...


Saint-Pourçain-sur-Sioule


Le paysage évolue en même temps que la teinte des vaches. Les basses collines de Saône-et-Loire aux côtes arrondies succèdent aux montées plus sèches du Massif Central, et la couleur brune de la Salers se dilue peu à peu vers la blancheur de la Charolaise.


église romane de Neuilly-en-Donjon : tympan remarquable

canal Digoin-Roanne


Je voulais de la fraîcheur, je suis servi. Un automne presque hivernal s’installe sans prévenir. A la chute soudaine des températures succède un épisode pluvieux glaçant. Je temporise deux jours à Mâcon, et visite le musée des Ursulines, dont une salle entière est consacrée au poète et homme politique de la IIème République, Alphonse de Lamartine.

Solutré

Mâcon ... musée des Ursulines

cathédrale Vieux-Saint-Vincent

cathédrale "napoléonienne"

Lamartine, l'enfant du pays



La voie verte qui longe la Saône s’appelle voie bleue, ce qui est de circonstance avec le retour du soleil.



Je tourne bientôt plein est, en traversant le nord de l’Ain par la haute Bresse, puis dès que j’entre dans le Jura, la route s’élève.

St-Trivier de Courtes, en Bresse

ancienne carronnière, fabrique de tuiles et de briques

un Paulo vaut bien une Smart


Ça ne monte jamais très haut, mais la D3 qui sinue dans cette « petite montagne » est une bonne entrée en matière. La journée s’arrête en contrehaut du lac de Vouglans, avec le lendemain matin un lever de soleil dans le brouillard.

à Saint-Amour, la D3 prend vite de la hauteur

lac de Vouglans (rivière de l'Ain) au soir...


et au matin


La brume me poursuit tout le long de ma remontée de l’Ain, puis se disperse franchement après Champagnole.

Je crapahute dans la forêt de la Joux, en suivant l’itinéraire balisé de la « route des sapins », dont on comprend très vite la raison de son surnom.




Les descentes succèdent aux montées, toujours très sèches, et les quelques belvédères qui se dégagent de façon sporadique laissent des vues splendides sur les lointaines montagnes.


un massif forestier de plus de 10 000 ha


Je respire sur ces demi-routes jurassiennes un air pur et sauvage enivrant. Ce massif forestier, étendu comme la ville de Paris, m’occupe tout l’après-midi pendant plus de 35 kilomètres. Si les parents terribles de Cocteau avaient un jour quitter la roulotte, ils auraient certainement dit de cette forêt : 

-          « elle est in – croy – able »


Les prés bocagers remplacent peu à peu les bois. La Montbéliarde, productrice du comté, est omniprésente. Sa robe blanche tâchée de brun est un mix entre la Salers et la Charolaise.



Je passe en soirée les villages franc-comtois de Gevresin et Déservillers. Je suis déjà dans le Doubs, et n’ai plus qu’à descendre jusqu’à Cléron pour trouver à dormir au bord d’une voie verte.

Gevresin

Déservillers

Cléron


Besançon n’est plus qu’à trente kilomètres. Depuis le camping, le tramway me dépose au parc Micaud, à partir duquel je visite l’hyper-centre sous la pluie, autour du musée des Beaux-Arts et du Pont Battant.

parc Micaud ; séquoia géant


musée des Beaux-Arts

Pont Battant


Le quartier autour de la synagogue qui monte vers la gare est animé.

synagogue


En revenant dans la Boucle du Doubs, la rue piétonne qui mène à la Citadelle passe devant la maison natale de Victor Hugo. Le musée qui s’y est installé depuis peu retrace l’engagement politique et humain du grand écrivain.

palais Granvelle ; musée du Temps

Conservatoire


Doubs ; Conservatoire ; citadelle


maison Victor Hugo




Son combat pour l’abolition de la peine de la mort ne fut mené à terme en France qu’un siècle et demi plus tard. Au magistrat (et plus généralement à la société) qui envoyait un homme à l’échafaud, il disait : « que voulez-vous enseigner avec votre exemple ? Qu’il ne faut pas tuer. Et comment enseignez-vous qu’il ne faut pas tuer ? En tuant. »

Il n’est pas sûr, si l’on refaisait en France un débat sur ce sujet sanctionné par un référendum, que la peine de mort ne soit pas rétablie. Il y a des textes comme le « Dernier jour d’un condamné » (1832) de Victor Hugo qu’on devrait lire et ne plus oublier.

 

Le temps, très pluvieux, ne favorise pas le cyclotourisme. Il permet par contre que les restrictions d’eau qui sévissaient dans le Doubs soient levées.

Les forêts de l’Est ne sont pas sauvées pour autant. Le stress hydrique qu’elles subissent depuis plusieurs mois, voire plusieurs années, est pour certaines essences irrémédiable. Nombre de hêtres, frênes, pins noirs, séquoias, pins sylvestres, sont touchés par la maladie, et devront être abattus.

En milieu urbain aussi, et à Besançon notamment, les parcs et jardins ont souffert. Des essences mexicaines et nord-américaines sont sérieusement envisagées pour remplacer érables, résineux et bouleaux.

Un long travail se prépare, dans le pays entier, pour accompagner les arbres dans la lutte contre le changement climatique.

 

Pour ma part, il n’est plus temps de temporiser. Je me plais bien dans le Doubs, mais il me faut retourner affronter les éléments…