mercredi 16 juillet 2014

salar d'Uyuni


Je quitte  Uyuni alors que commence une petite feria qui va durer deux jours ; mauvais timing.

La route vers Oruro où se prépare le passage au bitume est sillonnée par les 4/4 qui me soulèvent pas mal de poussière.


Je m’arrête à Colchani, petit village artisanal où le musée du sel et du lama m’en apprend davantage sur ce milieu singulier que constitue le salar d’Uyuni.




Le soir, je suis rejoint dans mon petit logement de sel par un cycliste espagnol qui vient de passer deux jours dans le salar.



César me raconte sa traversée du sud-Lipez, où il a été contraint de faire demi-tour dans l’ascension d’un col à 4900 mètres d’altitude où le vent violent l’a empêché d’atteindre le sommet avant la nuit.
Puis quand je lui parle de mon périple depuis Santos, ça fait tilt dans sa tête :
“Mais on s’est déjà croisé sur la route…”
“(…) ?! Ah mais oui, César des Canaries, on s’est parlé vingt minutes sur la carretera austral ”
Ni l’un ni l’autre ne nous sommes reconnus. Il faut croire qu’on a beaucoup changé en quelques mois.


Nous nous quittons le lendemain, lui rejoignant La Paz par la route de Potosi que j’ai empruntée il y a trois jours.
Je fais quant à moi mes premiers pas dans le salar. Le volcan Thunapa me sert de repère au nord-ouest. 


Mais c’est plein ouest que je me dirige, en direction de l’isla Incahuasi, qui distante de 70 kilomètres reste pour le moment invisible.

Pas compliqué m’a dit César. Il suffit de suivre la piste noire tracée par les jeeps. Sauf que bientôt deux pistes se séparent.


A l’aide de la boussole je prends celle de droite qui me semble aller le plus vers l’ouest. Erreur. Je me rends compte assez vite qu’elle part en direction du volcan. D’où les limites de la boussole et de l’intérêt du GPS. Un jour peut-être…
Une autre piste qui part vers le sud-ouest me remet sur la bonne voie, avec les 4/4 qui arrivent bientôt pour me confirner la direction à suivre.


A midi, j’aperçois au loin l’île, petit point dans l’horizon distant d’une trentaine de kilomètres.
Pause déjeûner où il est bien difficile de trouver un appui pour Paulo…



Rouler à vélo sur cette mer de sel est une expérience étonnante, où l’on apprécie ici mieux qu’ailleurs la rotondité de la terre.
La couche supérieure où se forment pendant la saison sèche les hexagones contient de l’halite.


Mais en dessous de la couche de sel cristallisé existe un lac souterrain contenant une haute concentration de saumure.
Des trous d’eau apparaissent ainsi parfois sur la piste, comme sur la banquise.


Bientôt l’île d’Incahuasi se fait de plus en plus grosse, jusqu’à ce que j’y aperçoive les cactus qui font sa renommée.





César avait campé au milieu du salar : l’eau avait congelé sous la tente ; je préfère utiliser quant à moi le logement mis à disposition par Alfredo.
Le soir chasse les dernières Jeeps. Car on ne roule pas de nuit sur le salar. Une moto arrive pourtant à la nuit tombée. C’est celle de l’Anglais Ian. Il était déjà arrivé sur l’île à midi. Mais pour rejoindre San Juan dans le sud-Lipez, plutôt que de prendre la piste directe vers le sud, il a fait un petit détour par l’ouest du salar. A l’écart des routes tracées par les Jeeps, il s’est trouvé embourbé dans la couche poreuse de saumure. Après de multiples efforts pour dégager son engin, il a fini par faire demi-tour, d’où son arrivée nocturne à Incahuasi.




Après mangé, et une fois lancé sur le sujet, Alfredo ne manque pas d’anecdotes sur les pièges du salar. Comme cet homme qui après s’être embourbé en voiture a mis trois jours pour rejoindre l’île à pied en arrivant exténué et en titubant.
Ou comme cet autre qui s’étant endormi au volant est venu percuté l’île. Le seul mort du salar à la connaissance d’Alfredo.

Après avoir bu le matecito, préparé avec des plantes de l’île,


je jette un oeil sur le livre d’or, où se rejoignent en quelques pages des voyageurs du monde entier, à pied, à vélo, en moto ou en voiture. J’y trouve d’ailleurs la trace du passage de gens rencontrés plus au sud.

Ian et nos hôtes d'un soir

Le lendemain, en me dirigeant vers le pied du volcan, je décide de m’écarter de la piste des Jeeps pour prendre quelques derniers clichés du salar.
Je pose Paulo sacoches contre terre, m’allonge à ses côtés, joue un peu de la perspective, puis reprends la route.

une photo prémonitoire du 1/4 d'heure à venir...

histoire de perspective

Pas longtemps. Alors que je démarre à deux à l’heure, la roue avant se cabre : sebbavelo à terre pour la première fois de ce voyage. J’aurais aimé pouvoir dire avoir glorieusememt combattu dans la saumure, mais non … je me suis juste vautré lamentablement dans l’halite.
Comme souvent, les bras partent en avant pour amortir la chute. C’est la main droite qui s’y est collée, et l’auriculaire qui a tout pris. Plié en deux.
Mais le visage a eu le temps de goûter à la mer de sel. Du front au menton, en passant par le nez et la lèvre supérieure, tapant au passage dans la gencive : le salar m’a laissé en guise d’adieu une cicatrice verticale faciale des plus piquantes.
Pas de casse matérielle, ni de vêtemement déchiré ; c’est le squelette qui a tout pris !

La tête et les jambes fonctionnent normalement ; je regagne donc la terre ferme en contournant le volcan Thunapa par l’ouest.

le village de Tahua au pied du salar
A Alianza, les habitants du village fêtent l’anniversaire du cacique. C’est encore l’après-midi mais la bière a déjà bien coulé. On m’offre un demi-verre, on me serre la main tout en continuant de danser ; à peine remarque-t-on mon visage tuméfié.


Alors que je prends congé, une femme âgée extraie d’un sac en plastique des feuilles de coca et m’en verse une bonne poignée dans la main tout en m’enjoignant de la mâcher
“avec ça mon gars, tu vas être demain à Oruro”, doit-t-elle penser. 


Mais non. Le chemin de caillou aura raison de la chambre à air qui explosera au bout de 5 kilomètres. Il y a des jours comme ça…
Je bivouaque donc à l’abri du vent dans cet enclos à lamas avec vue sur le volcan.


En inspectant les dégâts du jour, je comprends mieux pourquoi on institait pour me donner autant de coca !!


Je reprends le lendemain matin la piste là où je l’ai laissée, en avançant sans déplaisir à un rythme d’escargot qui me permet de profiter de ce paysage champêtre

à  gauche la piste ; à droite le salar…



… et au milieu une vie paisible



peu de circulation, et beaucoup de déplacement à moto



le salar n’est jamais loin



A Salinas de Garcia Mendoza, je trouve quasiment de tout pour ravitailler.


Je récupère un axe plus important, de terre toujours, avec cette fois-ci de la tôle qui secoue pas mal.

quand je me retourne, le volcan Thunapa se fait de plus en plus petit


L’eau prise à la fontaine de Salinas était annoncée potable, mais mon estomac en a décidé autrement, et décide de jouer à la nuit tombée une partition un peu molle ; mais bon, avec ce soir un magnifique lever de lune, c’est toujours mieux que de regarder l’image fixe du calendrier des Postes !  


L’itinéraire jusqu’à Quillacas est là aussi en plein bouleversement : de nombreux passages sont déjà pré-asphaltés, et les travaux semblent avancer rapidement. Mais comme c’est dimanche, je me joue des déviations pour rester sur la route en vacance des bulldozers.
A peine devrai-je subir pendant quelques kilomètres une piste sableuse sous le regard des vigognes.







A partir de Quillacas, je retrouve pour de bon le bitume. A gauche le lac Poópo, que l’on devine au loin ; à droite une chaîne de montagne ; au milieu une succession de faux-plats montants et descendants dont la monotonie est rompue par la traversée de villages parfois très animés autour de la place centrale.

Las des éternels poulets au riz, je délaisse les comedors populaires, et prends place sur un banc au bord de la route pour déguster pour moins d’un euro de la viande de lama servie avec maïs ou châtaignes.




Et en dessert un jus de bananes pressées avec des galettes de soja suffisent à mon bonheur.

Il ne me reste plus qu’à gagner Oruro. L’entrée se fait par une 4 voies plutôt industrieuse ; mais une fois arrivé au centre, je me retrouve bientôt dans le dépaysement d’une grande ville bolivienne.



Les marchés s’y multiplent et débordent souvent dans les rues adjacentes.





Oruro est célèbre pour son carnaval qui se déroule avant Pâques. En ce mois de juillet, c’est une ville animée mais peu touristique où je me plais à découvrir quelques uns de ses monuments au gré de mes déplacements.

phare de Conchupata




Santuario del Socavón...

... en dessous duquel se visite un musée sur a mine


Une journée off avant de reprendre le vélo…
 

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